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3. « La reconstruction de l’hôtel d’Escoville après 1944 : histoire d’un conflit (1944-1963) »

Annales de Normandie, 51e année, n. 1, janvier 2001, p. 71-95 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/annor_0003-4134_2001_num_51_1_1300
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  Patrice Gourbin La reconstruction de l'Hôtel d'Escoville après 1944 : histoire d'unconflit In: Annales de Normandie, 51e année n°1, 2001. pp. 71-95. Citer ce document / Cite this document :Gourbin Patrice. La reconstruction de l'Hôtel d'Escoville après 1944 : histoire d'un conflit. In: Annales de Normandie, 51e annéen°1, 2001. pp. 71-95. doi : 10.3406/annor.2001.1300http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/annor_0003-4134_2001_num_51_1_1300  LA RECONSTRUCTION DE L HOTEL D ESCOVILLE À CAEN : HISTOIRE D UN CONFLIT (1948-1963) Avant la Seconde Guerre mondiale, Caen est une ville d'art reconnue et célébrée. Les bombardements alliés de l'été 1944 transforment la ville en champ de ruines et anéantissent, en même temps que la moitié des loge ments, une grande partie des trésors architecturaux de la ville. Églises, hôtels particuliers, palais, maisons anciennes : tous sont touchés à des degrés divers, certains ont même totalement disparu. La ville mettra quinze ans à se relever des ses ruines, de 1947 à 1963. Pilotée depuis Paris par le tout-puissant ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU), la reconstruction de la France ne peut se réduire à une simple question comptable de reconstitution des logements détruits. Il est question de modernisation et d'adaptation à la vie moderne, mais aussi de composition urbaine et d'esthétique architecturale. Dans ce programme, les monuments historiques, précieux témoignages de la ville ancienne, ont naturellement une place. La pénurie économique et la volonté de modernis ation u ministère de la Reconstruction sont des contraintes incontourn ables 'administration des Monuments historiques qui gère ces bâtiments si particuliers et d'un poids symbolique si important devra donc faire des choix : quels bâtiments restaurer ? Comment les restaurer ? Et comment traiter ce qui se construit à proximité ? À Caen, il existe un monument dont l histoire de la reconstruction illustre bien la façon dont ces problèmes se sont posés et les réponses qu'on leur a trouvé. C'est l'hôtel d'Escoville, l'un des monuments les plus connus de la ville avant la guerre. Ce palais de la Renaissance construit vers 1530 par un riche négociant caennais comporte quatre corps de bâtiment organisés autour d'une cour somptueusement ornée de bas-reliefs, statues et loggias dans le goût italien (fig. 1). Après les bombardements, le bâtiment est dans un état catastrophique. Les murs extérieurs ont été totalement pulvérisés par les bombes ou sont très endommagés. La façade sur la place Saint-Pierre n'existe plus à l'exception de la travée du porche d'entrée. Seuls les murs intérieurs de la cour semblent intacts (fig. 3). À partir de 1953, l'hôtel d'Escoville est intégré dans un projet de reconstruction moderne. La cons truction neuve et la restauration « Monument historique » y sont menées conjointement, dans le même temps et le même espace : la confrontation entre patrimoine et modernité est alors inévitable. Ann. Normandie, 51, 2001, 1  72 P. GOURBIN < tr-^i^i^rf^ ■•.- Fig. 1 : La cour de l'hôtel d'Escoville avant la guerre. À droite, le portail d'entrée qui ouvre sur la place Saint-Pierre.  La reconstruction de l hôtel d'Escoville 73 COMPRENDRE LE CONTEXTE : LE GRAND ENSEMBLE « LES QUATRANS » À ses débuts, le langage architectural de la reconstruction de Caen est « traditionnel » par les formes ( toitures à forte pente , baies verticales ) et par l'alignement des immeubles le long des voies. On évite les îlots total ement fermés pour des raisons d'hygiène, mais l'implantation régulière des bâtiments « en ordre continu » recrée l'espace fermé de la rue traditionnelle. Sur ces principes l architecte Henry Delacroix1 propose en 1950 un projet d'immeuble à côté de la maison des Quatrans2. Le volume est traditionnel par les toits d'ardoises mais le service des Monuments historiques refuse le projet car les façades sont trop modernes (vitrages continus par exemple). Deux projets supplémentaires tentent sans succès de répondre aux exigences de la commission3. Le projet moderne pour l'ensemble des Quatrans, tel qu'il a été réalisé, est en cours d'élaboration à la fin de l'année 1951. Il n'est plus question d'immeubles de type traditionnel mais de barres parallèles organisées sur un ensemble de cinq îlots (fig. 2). Le tout est mis au point sous la responsabilité de l'architecte Henry Delacroix qui devient « chef d'îlot » pour l'ensemble de la zone. Le projet est officiellement présenté le 16 avril 1953. Un certain nombre de bâtiments classés, et non des moindres, entourent la zone : le château, l'église Saint-Pierre, l'hôtel de Than. D'autres sont direc tement inclus dans le projet : maison des Quatrans, maisons à pans de bois de la rue Saint-Pierre, hôtel d'Escoville, hôtel de Mondrainville. Le service des Monuments historiques est donc directement concerné. Pour des raisons diverses le traitement des monuments historiques et leur rapport aux bât iments neufs lui paraît inacceptable. Mais il considère aussi la totalité du projet (l'architecture comme l'urbanisme) comme inacceptable. Le service obtient quelques concessions comme la construction de murs en pierre de taille sur les parties des barres de logement visibles en même temps que les monuments historiques. Mais ce n'est pas suffisant et on va jusqu'à envoyer une délégation chez le ministre de la Reconstruction Maurice Lemaire en Henry Delacroix (1901-1974). Il réalise de nombreux ensembles HLM (ex. 18 à 28 bd Saint-Jacques à Paris, 1954), travaille à la reconstruction de Caen (Ilot I.C. dans le quartier Saint-Jean, ensemble des Quatrans). Il collabore à la construction de la cité des 4 000 à la Courneuve avec Tambuté (1964). 2 La maison des Quatrans est un ancien hôtel particulier du XIVe siècle dont la façade sur rue est à pans de bois. Elle a pris le nom de son constructeur et propriétaire, Jean Quatrans. C'est elle qui donne son nom à l'ensemble d'immeubles « les Quatrans » lors de la reconstruction. 3 Pour une étude détaillée des projets successifs et de l'ensemble de logement Les Quatrans, voir : P. Gourbin, « Le grand ensemble Les Quatrans à Caen : un exemple de l'application de la loi sur les abords des monuments historiques », à paraître dans : Histoire de l'art.  74 P. GOURBIN château EU immeubles de commerces (un ou deux niveaux) ES3 monuments historiques bâtiments première tranche bâtiments deuxième tranche j constructions existantes Fig. 2 : Plan masse de l'ensemble de la « zone Quatrans ». janvier 1954 pour faire modifier le projet en profondeur. En vain. Le chantier des premiers immeubles est ouvert en juin. Malgré tout, le service continue ses protestations, contre l'immeuble de boutiques de la rue Saint- Pierre ou contre la tour de dix étages. Le projet des Quatrans est proba blement, pour le service des Monuments historiques, l'affaire la plus conflictuelle des années de Reconstruction. C'est dans ce contexte tendu que prend place le débat autour de la reconstruction de l'hôtel d'Escoville. La "zone Quatrans" : l'ambition de la modernité La modernité de l'ensemble d'immeubles « les Quatrans » est inédite dans la reconstruction caennaise. Outre l'aspect des immeubles proprement dit (trame apparente, préfabrication, toits plats), la principale rupture con-
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